Tout droit jusqu'en bas - 2024
En ce beau mois de juillet, et pour cette nouvelle escapade, nous choisissons comme point de départ l’arrivée de nos vacances d’il y a deux ans. Pour mémoire, nous étions partis de chez nous dans le Morbihan jusqu’en Vendée (voir : « On descend chez papy et mamie ») avec en tête l’idée d’aller jusqu’en Espagne. Nous allons donc suivre toute l’Eurovélo 1 sur la façade atlantique. Le trajet tracé sur une carte nous donne 550 kilomètres, et si on se base sur le rythme de nos précédentes expériences (30 km/jour) ça devrait nous faire rouler une vingtaine de jours. Les vélos sont prêts, en route !
Départ de la maison de papy et mamie donc, à L’Aiguillon-sur-mer en direction de l’office de tourisme pour récupérer nos « Passeports Vélodyssée ». J’avais anticipé la commande de ces documents (qui sont purement récréatifs, mais un bon moyen de motivation pour nos loupiots) pour les avoir dès le début de notre voyage. L’objectif de ces dépliants est de passer dans les différents offices de tourisme pour collectionner les tampons dédiés spécialement aux cyclistes sur la Vélodyssée. On arrive donc devant le bureau de l’office où la personne qui m’accueille m’informe qu’elle n’en a pas en stock… Ah…
« Bon… Où est-ce qu’on peut aller en chercher ?
- À St Michel-en-L’Herm, ma collègue doit en avoir là-bas. »
Et ben première occasion de motiver les enfants, les passeports sont 10 bornes plus loin, de quoi lancer la journée de pédalage de la meilleure des façons ! Premiers tours de roues sous les encouragements des copains, en vacances dans le coin et qui se sont levé tôt juste pour nous. Soleil, chaleur, c’est parti, plein sud !
Pause rapide dans le village voisin pour récupérer les papiers et premier tampon officiel dessus, un joli oiseau au bord de la mer, les enfants sont ravis. Nous n’avons aucune idée de ce que seront les tampons suivants, la surprise sera de mise à chaque arrêt « tampon ».
Départ à 11h donc, et première averse à 13h45 peu de temps après notre pause casse-croûte. On sort les imperméables en catastrophe et on file s’abriter dans une vieille grange plus ou moins à l’abandon.
Le vent se lève et le paysage assez plat du sud Vendée, ne nous protège de rien du tout. Les kilomètres défilent sur les chemins tracés sur des digues longeant des canaux, et nous emmènent jusqu’au port de Marans (tampon !). Le premier camping est à l’entrée de la ville, face à la piscine municipale… Fermée pour maintenance... Zut mais les enfants se consolent en découvrant une grande aire de jeux au fond du camping pour dépenser l’énergie qu’il leur reste. Quant à nous, on retrouve nos réflexes de montage de tente, installation de la chambre, douches, pâtes sur le réchaud et dodo. Le fameux « malocu » du premier jour est bien présent, on est content de s’allonger ce soir.
Réveil un peu avant 8 heures, le soleil rayonne déjà dans le ciel. Petit dej’ sous un barnum prévu pour les itinérants (merci) pliage du bazar et c’est reparti. On pose nos séants en douceur sur la selle pour atténuer la douleur. Après à chacun son astuce : changer de position (délicatement), un peu plus en avant, un peu plus reculé, mais rien n’y fait, ça fait mal. Roulage une grande partie de la journée sur une petite route de campagne, le long d’un canal au milieu des marais. Pas de pluie mais les nuages menaçants ne sont pas passés loin, je les ai suivis du coin de l’œil une grande partie de la journée m’apprêtant à sortir les imperméables, mais finalement non, et tant mieux ! Le camping de ce soir montre un accueil assez familial qui nous va très bien, et bonne surprise : il y a un figuier juste à côté de notre emplacement, et elles sont mûres ! C’est quand même super bon les fruits cueillis directement sur l’arbre. Bon en contrepartie on subira la route nationale bordant le camping toute la nuit. Une vraie route Nationale, avec tout ce qu’il faut pour faire du bruit au cas où les campeurs voudraient dormir. En bonus la chicane de ralentissement qui fait ralentir les véhicules… Et les fait ré-accélérer juste après ! Les camions, comme les scooters et tout le reste ! Bref, on se lève, fatigué, la bonne humeur reste cachée au fond du duvet, paquetage des vélos, malocu persistant, mais on y va en se disant qu’on dormira mieux ce soir.
C’est reparti donc le long du canal, sous les arbres au calme. Personne d’autres que des piétons et des vélos. Le chemin serpente gentiment pendant plusieurs kilomètres jusqu’à l’entrée de La Rochelle (tampon !). Enfin un vrai chemin plaisant à rouler en toute sécurité sur lequel on peut laisser les enfants rouler seuls et discuter, chanter des chansons, parler de l’écorce des arbres… C’est plaisant, on se détend. Tamponnage de nos passeports en arrivant sur le port de plaisance, pique-nique en regardant les bateaux et les fameuses tours de La Rochelle, et redémarrage sous le soleil. Le temps de sortir de la ville en direction de l’océan et comme un tour de magie se dresse face à nous le Fort Boyard ! Pour les enfants c’est un évènement. Le Fort que l’on ne voit qu’à la télé devient réalité, là, juste devant leurs yeux (Bon super loin en vrai, mais quand même, il est là !).
La chaleur nous écrase, la crème solaire est de sortie pour tout le monde, on boit beaucoup mais on a du mal à trouver un rythme. Nous traversons Chatelaillon-Plage (tampon !) et en cherchant un magasin pour remplir la sacoche dédiée au rôle de placard alimentaire, hop ! On s’est perdus… Nous arrivons tout de même à reprendre un itinéraire balisé mais avec beaucoup moins de charme que la côte maritime puisque nous longeons maintenant : l’autoroute ! Les derniers kilomètres seront durs physiquement et mentalement. Notre fin d’étape se trouve au bout du monde (dans nos têtes), perdu au milieu des champs on a l’impression de ne jamais y arriver… Et pourtant, une aire naturelle de camping (un champs), certes en plein soleil, mais riche d’une piscine nous accueille, et ça pour les loupiots, ça compte beaucoup. De quoi bien terminer une chaude et longue journée.
Réveil avec les premiers rayons du soleil rasant, au milieu de la campagne, l’horizon pour limite et le silence autour de nous. Ça fait un bien fou, c’est ressourçant, profitons-en, c’est le calme avant la tempête. Nous rattrapons la Vélodyssée à 2km du camping et commençons l’une des parties les moins chouettes de nos vacances.
Sur les 12 premiers kilomètres 10 se sont fait dans le cadre bucolique d’un bord d’autoroute. 10 kilomètres en plein soleil, pas d’arbres (au mieux quelques buissons), et le bruit des voitures, camions, moto pour voisinage auditif. A notre rythme ou plutôt au rythme des enfants, 10 km c’est 1 heure… C’est long, alors pour passer le temps et penser à autre chose on chante, on discute de l’origine du monde (à un niveau d’enfant de 6 ans), on boit et on se tartine de crème solaire. Au moment de trouver de quoi manger, Émilie nous propose un fast-food à l’entrée de Rochefort, allons-y ! Ce sera un bon moyen pour récupérer les calories laissées sur la route (et l’occasion de brancher nos téléphones/GPS).
Rochefort (tampon !), ville ô combien historique dans la région, la construction de l’Hermione, la Corderie Royale, et le Pont Transbordeur que nous allons emprunter, témoin de l’architecture métallique du XIXème siècle. Il n’en reste aujourd’hui que huit à travers le monde. La traversée se fait à un rythme lent, ce qui correspond bien à notre voyage, on profite du paysage et de ces quelques minutes suspendues (au sens littéral) au-dessus de l’eau… Et reprise de la route au soleil et au milieu de la circulation. Retour à la vie moderne. Pour trouver les campings nous nous écartons régulièrement du tracé principal de la Vélodyssée (ce qui rajoute des kilomètres) et ces parties se font très souvent sans aucun aménagement cyclable. Nous ne nous sentons pas en sécurité. Les derniers kilomètres, encore une fois ne sont pas rassurants, nous demandant une concentration importante et sont durs moralement pour tout le monde.
Camping de la Cigogne, bonjour ! L’accueil aura été on ne peut plus simple, limite froid, mais heureusement, la mamie et ancienne propriétaire des lieux nous accueille avec un grand sourire, une envie de papoter de tout et de rien, et dans ses mains un plein saladier de prunes, récoltées quelques minutes plus tôt. Mmmh, des fruits frais qui vont nous faire le dessert du soir et un bout du petit dej’ du lendemain, Merci Madame !
Pour être honnête, depuis le départ, je n’ai pas beaucoup pris de plaisir, et je trouve assez peu d’intérêts à rouler sur cet itinéraire pourtant largement médiatisé dans le monde des voyages à vélo.
Cinquième journée… Bizarrement je n’ai pas de souvenirs de la route, il n’y a pas dû avoir de passages marquants. On a beaucoup discuté avec Solène qui demande à parler en anglais avec nous. Un jeu de questions/réponses sur les animaux ou les copains de l’école qui nous aura occupé l’esprit et qui aura fait dérouler les kilomètres sous nos roues sans qu’on s’en aperçoive. Une longue piste cyclable à travers les marais, et un pont qui apparait à l’horizon et se rapproche au fur et à mesure des coups de pédales. Quand j’ai annoncé à Solène que nous allions le traverser, elle s’est trouvé pour mission de le franchir en pédalant, sans poser le pied au sol. Et c’est vrai que vu de loin il est assez impressionnant ce passage au-dessus de la Seudre. La courbure du tablier aurait pu l’inquiéter mais non. On s’est tassé sur la bande cyclable, les uns derrière les autres, on baisse la tête et on tourne les jambes, et on tourne les jambes, et on tourne les jambes… Et du sommet nous avons le cadeau du panorama sur l’ile d’Oléron. Puis la descente vers Arvert. Enfin « descente » c’est une façon de parler, puisqu’Arvert est installé sur une colline. Dernière montée et dernier effort de la journée donc pour rejoindre le camping 3 étoiles ! Cadeau pour les enfants, ce soir on se jette dans la piscine ! Comme ça fait du bien de se tremper dans l’eau après avoir sué toute la journée.
Bon, l’enthousiasme est retombé quand on nous indique les emplacements pour les tentes. Trois emplacements (seulement… ?!) et situés le plus proche possible de la route… Une belle grande route avec des poids lourds, des mobylettes et des Jacky tuning toute la nuit… Au réveil tout le monde a de petits yeux, la fatigue commence déjà à s’accumuler, dur…
La première chute du voyage est pour Clément. Peu de temps après le départ, nous roulions au milieu des champs, le nez en l’air et les mollets saillants quand j’entends un vacarme de ferraille suivi d’un cri (d’Émilie) et de cris beaucoup plus forts (de Clément qui roulait seul). Je pose tout en catastrophe et retour vers le Ti Clem’ qui vient de s’en coller une, assez violente. La patte de fixation du Trail-Angel (la barre de traction) s’est décalée et est venue bloquer le câble de frein avant de son vélo. Forcément, s’en est suivi une chute aussi rude qu’inattendue. Et pour couronner le tout, Émilie qui le suivait a failli lui rouler dessus. Failli seulement car son réflexe de prendre les freins à pleines mains a fait décoller l’arrière de son vélo. Oui oui, même avec le poids des sacoches son vélo s’est soulevé, pour vous dire à quel point le freinage a été brusque !
On calme le petit bonhomme, on remet en place la fixation, et choqué il refuse de repartir en pédalant seul, on ré-attache la barre de traction, on sent qu’il a perdu un peu de confiance (à juste titre).
Le reste de la journée aura été plus agréable que les précédentes grâce a une longue piste cyclable à travers une forêt de pins. Mine de rien, ça commence à sentir le sud-ouest.
Des montées et de (trop) courtes descentes qui précèdent d’autres montées qui donnent l’impression de s’intensifier au fur et à mesure des kilomètres, d’autant plus avec Clément en remorque (qui refuse obstinément de rouler seul depuis sa gaufre du matin).
Puis l’arrivée sur Royan en longeant le front de mer et avec vue sur l’estuaire de la gironde et comme pour bien nous finir, le camping de ce soir se trouve en haut de la ville, la journée se termine une nouvelle fois en montée. Nuit au camping du petit bois (très calme, familiale), sous la pluie pour la première fois du voyage pour un gros dodo qui va faire du bien à tout le monde.
Allez, on finit nos tartines au beurre de cacahuètes et objectif du jour : prendre le bateau qui va nous faire traverser l’estuaire de la Gironde ! On se dirige de bon matin vers l’embarcadère de Royan. Jour de marché dans le bourg, la foule de touristes dont nous faisons partie arpente la côte. Nous montons sur le bac accompagné par plusieurs dizaines de vélo, les moteurs démarrent, et à 12h15, direction l’autre côté de l’estuaire ! Petite croisière entre fleuve et océan avant de poser les pieds sur la rive d’en face. Pique-nique rapide à l’extrémité de la pointe girondine et direction plein sud ! Enfin nous profitons des fameuses pistes cyclables qui serpentent entre les pins maritimes. Le plaisir de rouler revient, la motivation aussi, ça devient enfin agréable. On aurait dû commencer ici en fait ! C’est beaucoup plus plaisant !
Emilie téléphone au camping municipale de Soulac-sur-mer pour être sûr d’avoir une place pour ce soir. Coup de bol il reste un emplacement… À partir de maintenant il va falloir être prudent et anticiper chaque trajet en fonction d’un camping qui pourra nous accueillir, ça risque de ne pas toujours être simple mais ça fait partie du jeu. Après le montage de la tente, on part clôturer la journée à la plage. La météo n’étant pas de la partie, c’est dans le vent froid et devant une mer démontée que nous en profiterons, pas de baignade pour cette fois mais la première plage des vacances, ça marque les mémoires.
Après avoir pris le bateau hier pour traverser la Gironde, Clément a perdu ses repères et a l’impression d’avoir changé de pays : « je trouve qu’il y a beaucoup de français ici ». Reprise de la piste cyclable, plutôt chouette, à l’écart de la circulation, des forêts de pins de chaque côté, assez plat, tout le monde roule bien, en flânant, chantant ou discutant.
Quand vient l’heure de la faim un curieux son se fait entendre : « Il est quelle heure ? J’ai faim… » C’est le signal, le moment de se mettre en quête de l’épicerie salvatrice. Le GPS nous trouve une supérette pas trop loin, nous le suivons bêtement et nous retrouvons devant l’entrée… D’un camp naturiste… Oups… Ah bah oui ils doivent faire leurs courses aussi les gens tout nus. Prochain magasin à 4km, on repart.
Finalement repas sur une table au milieu des pins sur une très grande aire de repos à Montalivet (tampon !), Monta pour les habitués. Le rythme de ce matin nous fait faire une grosse partie de la journée prévue, donc une fois n’est pas coutume, l’après-midi sera plus tranquille et on arrivera au camping assez tôt pour profiter de la piscine. Le temps de nous installer et hop, A la flotte les loupiots ! Pour eux ça sonne comme une récompense et quand on arrive tôt pour en profiter longtemps c’est presque Noël.
L’étape de ce 23 juillet se décompose comme suit : une ligne droite plein sud (6 km quand même) et une ligne droite sud-ouest (6 km pareil) … Ils ne se sont pas trop fait chi** avec les virages ici. Et devinez quoi ? Ce fut long, et chaud. Coup de bol quand même ces kilomètres se sont fait sur des routes secondaires (voire même tertiaires), on était au calme entre les pins. Les enfants ont pu voir les coupe d’arbres pour l’industrie. Solène a trouvé ça triste qu’on coupe autant d’arbre. On a pris le temps d’expliquer que ces arbres étaient des plantations, des cultures de l’Homme et que l’objectif était de les couper pour en faire des meubles, des planches pour les magasins de bricolage, ou du bois de chauffage. Si personne ne coupe de bois on n’aura pas de chauffage cet hiver…
« Ah, bah alors d’accord pour couper un peu d’arbre. »
Une pause déjeuner à Naujac-sur-mer (entre les deux lignes droites) dans un parc de jeux, On sort le linge humide des sacoches pour l’étendre sur la clôture du parc. Oui notre pause casse-croûte prend un air de camps de gens du voyage ; Ce qui est un peu notre situation en ce moment finalement.
Un jeune homme vient à notre rencontre alors qu’on commençait à plier nos vêtements (secs) pour connaître notre matériel en prévision de son voyage à lui : le tour de la Corse à vélo. Gamme de tente, de duvet, de matelas, poids du chargement, gestion de l’itinéraire …On a abordé quasiment tous les aspects et la façon de s’organiser.
« Mais rassures-toi, nous on part avec deux enfants, toi tout seul ce sera plus simple ».
Une gars simple et sympa à qui on a souhaité un bon voyage.
Plus loin, en suivant une piste cyclable au milieu des pins, la découverte du camping est une heureuse surprise. Un gérant qu’on aurait pu prendre pour un vacancier nous enregistre et nous emmène dans une gigantesque prairie où des pseudo-emplacements sont disséminés tout autour, sous les arbres. Un calme incroyable et un vrai sentiment de tranquillité. Un champ rien que pour nous (ou presque) pour jouer au frisbee avec les enfants sans craindre d’embêter les voisins, trop bien. On nous a même annoncé que chaque matin, le boulanger vient avec son camion au milieu du pré, vendre sa production… Est-ce que ce ne serait pas le moment de faire péter les pains au chocolat chocolatines ?!
Comme prévu, les viennoiseries font de l’effet sur le moral de la troupe. C’est un réconfort tout simple mais qui annonce un moral au beau fixe pour une journée en deux parties. Plate jusqu’au lac d’Hourtin (tampon !) puis « collineuse » jusqu’à Lacanau. Le lac se situe à peu près à 12 mètres d’altitude et en 2,5km nous sommes monté à 64m, évidemment les montées sont entrecoupées de quelques descentes (pour nous refroidir) avant la prochaine côte, plus dure que la précédente. Et rebelote, ça fait mal aux cuisses !
Journée chaude à tout point de vue puisqu’un automobiliste aura eu la bonne idée d’accélérer fort en voyant que l’on traversait la route, et de freiner au dernier moment dans le seul but de nous faire peur : « vous finirez par vous faire écraser ! »
Une belle preuve de manque d’intelligence de sa part, d’autant plus envers une famille avec de jeunes enfants. D’ailleurs Solène nous en reparlera plusieurs jours après. Depuis que l’on voyage à vélo c’est bien la première fois que ça nous arrive. La majeure partie du temps les conducteurs sont plutôt bienveillants, voire nous encouragent, mais comme partout il arrive que l’on tombe sur un connard. Pour la suite on se défoulera sur une succession de montées (sacrément raides), et de descentes (raides pareilles) mais pendant lesquelles on doit se forcer à freiner pour ne pas risquer une éventuelle grosse chute (qui pourrait être synonyme de fin de voyage). Et ça remonte, et ça redescend, et ça re-remonte.
« Papa, dit moi que c’est la dernière celle-là.
- Alors, heu presque, il en reste une toute dernière mais elle est petite. »
Raté. Elle sera tout aussi dure que les précédentes.
Fin d’étape à l’entrée de Lacanau. Au téléphone quelques heures plus tôt la personne m’avait précisé que les emplacements étaient divisés pour y mettre le plus de monde possible. En nous voyant avec les enfants on nous a proposé un mobil-home inoccupé : « Il n’y a pas l’eau il faudra aller aux sanitaires mais au moins vous aurez un toit sur la tête. » Et ça pour le même prix qu’un emplacement, 30 euros. Pas de montage de tente pour ce soir, mais pas de piscine non plus, trop froide ! Un dodo réparateur nous attends dans un vrai lit, Solène et Clément ne vont pas trainer pour s’endormir.
Bon, le réveil, certes plus tardif que d’ordinaire ne validera pas le sommeil réparateur. Nous n’avons pas mieux dormi mais on aura évité l’humidité du matin, ce qui n’est déjà pas mal. Départ de Lacanau vers le superU pour les repas de la journée et retour vers la Vélodyssée pour retrouver la direction du sud et Lège Cap-Ferret.
« - Ah non attends on retourne au camping là… Au rond-point il y avait une bifurque, on l’a loupé. »
On y retourne, on traverse, je vérifie, oui cette fois c’est bon. Allez, en route.
« J’ai faim…
- Hein ?! Mais on n’est même pas parti ! »
Je regarde l’heure : 12h10… Ah… Et ben le premier qui trouve une table on s’y arrête pour la pause miam miam.
Mine de rien la sortie de Lacanau n’est pas simple, le camping excentré et les commerces dans le village, nous obligent à faire pas mal de kilomètres imprévus et à finalement commencer notre journée par le casse-croûte.
Allez, cette on part pour 34 km de chemins goudronnés certes, mais avec du relief. Pour un peu on se croirait à rouler sur le bord d’une falaise. Honnêtement nous avions sous-estimé le nombre de montées et de descentes sur ce tronçon. Ça monte, ça descend, tout le temps. La piste cyclable est isolée de toute circulation à moteur ce qui mets les enfants en confiance, et ils s’en donnent à cœur joie ! Ils partent devant, à un rythme soutenu, le plus petit tellement fier de pouvoir rouler seul, vite, en laissant sa sœur derrière lui. Et la grande qui refuse de se laisser distancer par le petit frère… Je dois m’employer pour les garder au moins en vue, mais avec un chargement bien plus lourd qu’eux ! Ils s’amusent sur ce début d’après-midi et ça fait plaisir à voir. Après une petite dizaine de kilomètres à ce rythme le relief aura raison de leur entrain et de nos jambes. Nous stoppons l’étape après 25km et posons notre fatigue au fond d’un camping sans charme mais qui tombe au bon moment. Demain nous viserons Andernos-les-Bains.
Depuis hier nous nous sommes écarté de l’itinéraire « officiel » de la Vélodyssée pour trouver des campings à des prix abordables, et en même temps réduire un peu le kilométrage. Passeport validé à Andernos-les-Bains et petite pause à l’ombre des platanes. On regarde les campings autour de nous, on appel pour savoir s’ils peuvent nous accueillir. Premier camping, non, complet, deuxième ? Trop cher… Troisième ? je n’appelle même pas, hors de prix… Prochain Camping pas (trop) cher avec de la place 10 bornes plus loin. Donc go, direction le camping du Braou, avec depuis le départ, peut-être le plus beau bracelet de piscine (ce qui sera le seul bon point ici…). Je commence à fatiguer, j’ai Clément en remorque à peu près 20 kilomètres par jour, grosso-modo 30 kilos de plus à tracter. Ça commence à tirer sur le moral et sur le physique.
L’accueil du camping nous a prévenu, ce soir c’est soirée DJ ! Et on nous refile un emplacement campeur juste à côté de la bringue, super…
« Au plus tard la musique sera éteinte à 23h. »
Bon, on supportera à l’abris dans la tente en regardant la cérémonie d’ouverture des J.O.
Alors oui, on nous avait prévenu, c’est vrai. Mais on ne s’attendait pas à ça. Musique pleine balle toute la soirée et pas que de la qualité : Patrick Sebastien, Mickael Youn…) jusqu’à 23h30. Et pour ranger le bar à la fin ? Les employés ce sont dit que ce serait mieux en musique ! Rebelote jusqu’à minuit et demi. Grrrr ! Émilie se sera relevé pour demander aux saisonniers de couper le son en précisant qu’on était juste à côté, sous tente et qu’on avait des enfants. Ils ont accepté de mauvaise grâce… Visiblement le confort des campeurs n’est pas leur priorité. Le matin, rangement du camp à vitesse grand V ! Des nuées des moustiques partout, bilan de la matinée : 6 piqûres dans le dos pour Clément, 7 pour moi, plein partout pour Solène (la pauvre c’est elle prend le plus à chaque fois), et à priori aucune pour Émilie… Après une soufflante à l’accueil à propos de l’ambiance nocturne qui ne nous a pas permis de nous reposer, on prend finalement la route relativement tôt (10h) pour une belle journée jusqu’à la dune du Pilat.
Avant les grands incendies de 2022 cette portion devait être un moment très sympa et très agréable sous les pins, en bord de dunes. Aujourd’hui nous roulons au milieu d’un paysage qui nous fait penser à Jurassic Park. Des hectares de végétation basse, de fougère, de ronce avec parfois un ou plusieurs arbres calcinés qui nous rappellent l’existence d’une forêt à cet endroit quelques mois auparavant. C’est très déstabilisant de rouler au milieu de ce paysage qui pourtant renait de ses cendres (littéralement). Ce soir, exceptionnellement, la piscine du camping passe au second plan. On s’installe dans un camping au pied de la Dune du Pilat. On peut difficilement faire plus proche de la Dune puisqu’on monte la tente avec une vue imprenable sur un mur de sable de plusieurs dizaines de mètres de haut. Les enfants ne résistent pas longtemps à l’envie d’escalader ce monument naturel. La montée est dure, ça tire les cuisses (surtout après un certain nombre de kilomètres à vélo). On pose nos fesses dans le sable, le cerveau en off face à la mer. La banc d’Arguin à nos pieds, le panorama maritime face à nous. C’est beau, c’est grand, les enfants jouent, on se sent apaisé. Clément creuse un trou, Solène regarde les ados sauter du haut de la dune et descendre à grandes enjambées. On les imitera plus tard avec de grands éclats de rires !
On a brûlé pas mal de calories sur le goudron de la piste cyclable (et sur la dune) parce-que mine de rien, et quoi qu’on en dise, la Velodyssée, ce n’est pas plat, jamais ! Alors on trouve un bon moyen de se récompenser : direction la pizzéria.
Malgré le fait que la tente ait été installé en pente (pas à flanc de dune mais pas loin), on a plutôt bien dormi. Nous sommes assez en forme pour programmer l’ascension de la dune direct après le petit dej’ ! A froid le ventre plein c’est dur, et ça fait mal aux jambes, mais c’est beau ! La lumière est différente, le niveau de la marée aussi. Tout est très similaire et pourtant c’est autre chose. Vraiment beau.
On repart quand même pour une journée de roulage à travers un paysage qui comme la veille nous fait penser à un documentaire sur les dinosaures mais sans les bestioles préhistoriques au milieu.
Pour la suite du parcours j’ai une image en tête, ou plutôt une sensation. Je vous laisse imaginer ce que doit vivre une écrevisse délicatement déposée sur une plancha bien chaude… Et ben nous étions quatre écrevisses sur la route aujourd’hui. Nous avons traversé Biscarosse-Plage (tampon !) avant de s’attaquer à la portion qui sera certainement la plus dure du voyage. Les panneaux nous indiquent une bifurcation piéton/vélo pour rejoindre le lac de Biscarosse. Un lac coincé entre deux terrains militaires. Sur cette piste plutôt bien faite au demeurant nous allons grimper un dénivelé de 60 mètres en 2 kilomètres et plusieurs fois sinon ce n’est pas marrant. Pour chaque élévation de 15 mètres, une descente nous ramène 12 mètres plus bas. Et rebelote, on remonte de 20 mètres et on redescend de 10 mètres. L’impression de ne jamais en sortir nous gagne. Oui j’ai essayé de faire le malin en me disant : « On ne réfléchit pas, on tourne les jambes. » Mais cette fois-là ça n’aura pas suffi. Et on aura poussé nos lourds vélos pendant 2 kilomètres, et râlé pendant près d’une heure, contre le poids de nos montures, contre la chaleur, contre le gars qui a tracé cette piste « cyclable » qui ne l’est pas pour une personne normalement constitué sur un vélo normal (qui fonctionne avec les jambes). Pour nous aider, les températures ont atteint 38 degrés. Nous avons vidé nos gourdes plusieurs fois, avons cherché les points d’eau, et roulé 47km… Une étape éprouvante pour nous 4. Au vu des températures, et du dénivelé nous avons certainement frôlé l’inconscience. Fin d’étape à 19h45, en même temps qu’un jeune couple qui voyage en sens inverse et qui, visiblement, en a chi** autant que nous. Il est trop tard pour aller dans la piscine mais Émilie promet aux enfants d’y aller demain avant de partir.
Une casserole de pâtes sur le réchaud, un pot de sauce bolognaise, miam-miam et dodo.
Dodo en slip, sans duvet, tente ouverte…Trop chaud. Coup de bol les moustiques nous ont laissé tranquilles et on a pu bien dormir et bien se reposer. Comme imaginé hier pendant que l’on souffrait sous la chaleur, on fait une petite journée. 10km seulement mais vu les températures étouffantes une fois de plus ce sera bien suffisant. Le reste de l’après-midi se passe au bord du lac sud de Biscarosse et Parentis, dans l’eau chaude. Les loupiots ont profité autant qu’ils ont pu, d’autant plus lorsqu’Émilie leur propose de louer un pédalo avec toboggan (oui même sur l’eau on trouve le moyen de pédaler) ! Ça a été un festival de glisse pour tout le monde, et amerrissage en catastrophe dans le lac. Des éclats de rires qui font du bien à tout le monde. De retour au camping pour la routine de fin de journée, on découvre avec un brin de surprise qu’il n’y a plus d’eau chaude dans les douches… Ce sera donc douche froide pour tout le monde ! Ouch, ça ravigote !
Réveil sous un ciel un tantinet couvert ce matin, il fait frais et ça fait du bien après les deux dernières journées que nous avons subi. Fraicheur du matin, ça fait du bien. Et comme une habitude bien installée : on mange, on plie nos affaires, on charge, un petit pipi et en route. Roulage des premiers kilomètres sous des petites gouttes de pluie en longeant le lac. Pique-nique au bord du même lac et toujours ces quelques gouttes qui nous accompagnent. Le plaisir est là pour tout le monde, la sensation de flâner, et d’oublier le temps qui passe, profiter des paysages. Le ciel restera gris toute la journée mais les températures nous permettent de mieux avancer et de rouler plus détendus. On traverse Mimizan-Plage (tampon !) pour fêter nos 500 kilomètres depuis le départ ! Photo souvenirs du compteur avec les enfants :
« Venez par-là les p’tits loups, qui tient le compteur ? »
Et paf… Le compteur est tombé… Pas de haut c’est Clément qui le tenait, mais juste assez pour créer un faux contact avec la pile et le remettre à zéro… Bon bah pas de photo du passage de ces 500 bornes. Tout le monde est un peu vexé, à la limite de la colère. On reprend la route au plus court en tirant tout droit à travers la colline par une route forestière à priori interdite à la circulation (y compris les vélos). Mais là il y a un trop plein d’émotions. Les derniers kilomètres feront retomber la tension. Chacun à sa manière, en chantant, en regardant la roue avant tourner les yeux dans le vague, ou en forçant sur les pédales. On termine la journée en posant notre tente à 18h30. Le temps de se changer, de traverser le camping en direction de la piscine et nous sommes devant le bassin à 18h58 :
« Je ferme dans 2 minutes !
- Vous avez entendu les loulous ? On a deux minutes dans l’eau ! »
Et sans réfléchir on s’est jeté dans l’eau (heureusement chaude) avec les enfants et avons profité jusqu’à la fermeture. Derniers arrivés, derniers partis. Ce fut court, mais ça nous a aussi permis de décompresser un peu de cette journée (et d’oublier l’incident de l’après-midi).
La fatigue commence à nous rattraper, les petites nuits s’accumulent (non pas que l’on dorme mal, mais on s’endort souvent tard et les réveils sont assez matinaux) et les journées de pédalage sont de plus en plus dures physiquement. L’étape du jour fut sans grand intérêt, ça monte un peu, ça descend un peu, sans arrêt, ce n’est jamais plat ou si peu lorsqu’on traverse un village. Pour aujourd’hui on décide même de raccourcir le total en s’arrêtant dans un camping à St Giron Plage. La lassitude l’emporte pour cette fin de journée, les jambes sont douloureuses et les enfants qui en cette fin de journée étaient à bout de fatigue, prêts à s’endormir sur leur guidon retrouvent toute leur énergie en découvrant les toboggans gigantesques des piscines du camping où nous arrivons ! Après 35km en selle, c’est parti pour 2h dans l’eau et un paquet de tour dans les toboggans à sensations ! Et pour bien finir la soirée ce sera pizza en regardant les Jeux Olympiques sur l’écran installé sur la terrasse du resto. Et comme nous sommes (un peu) dans un coin touristique chaque famille de vacanciers supporte les sportifs de son pays ; L’ambiance entre les Belges, les Néerlandais, les Espagnols, les Anglais, et les Français est euphorisante et tout le monde se prend au jeu, une belle soirée festive et multinationale.
Avant de se coucher, Émilie regarde où on se situe sur la carte : Il nous reste 100km jusqu’à la frontière espagnole, tout pile ! De quoi se motiver pour les derniers jours.
Début de journée en fanfare ! En rangeant l’intérieur de la tente Émilie sent des trucs tomber sur la toile. De l’extérieur je l’entends :
« Hé ! Qui c’est qui balance des trucs ?! »
Je suis dehors je jette un œil autour, rien… Des petites choses continuent de tomber du ciel, comme des copeaux, et paf ! Un trognon de pomme de pin atterrit devant moi sur la tente ! Je lève les yeux et aperçois un écureuil, en train de prendre son petit dej’ juste au-dessus de nos têtes ! Tranquillement installé sur sa branche il va de pommes de pin en pommes de pin, les décortique et laisse tomber ce qu’il ne mange pas (sur nous en l’occurence). Les enfants ont profité avec des yeux grands ouverts du spectacle auquel nous ne sommes pas habitué. Et notre petit déjeuner, on l’a pris posé sur le sol avec ce petit animal au-dessus de nos têtes, en s’amusant de la pluie de copeaux de pomme de pin qui tombait autour de nous.
Journée tranquille, les kilomètres s’égrènent et la lassitude s’installe, comme la veille. La piste cyclable s’étend à travers les forêts de pins, traverse un village, longe parfois une riviè’… « Hop hop hop, Stop ! Clément est par terre ! »
Il hurle sur le bas-côté, je laisse mon vélo en catastrophe et retourne à grandes enjambées en arrière pour le relever. Émilie loin devant entend les cris et fait demi-tour, des gens s’arrêtent, inquiets, pour venir nous aider. Heureusement plus de peur que de mal, un genou griffé par le bitume (et une goutte de sang) et un ´ti’clem’ choqué, dur à calmer. Clément roulait derrière tout le monde, non pas qu’on le laisse rouler seul en bout de ligne, mais il était attaché à la barre de traction et on ne sait pas comment (le principal concerné n’a jamais su nous expliquer) il s’est retrouvé à faire des galipettes sur le bas-côté. Vu de sa place ça a dû être impressionnant comme gaufre. Descendre en route quand c’est papa qui pédale ça doit faire drôle !
On arrive à reprendre la route avec une surveillance accrue d’Émilie qui cette fois ne roule plus devant mais derrière moi. Si proche de la fin du voyage ce serait dommage de se blesser.
Arrivés au camping à 16h30 (encore une fois on aura le coup de bol du dernier emplacement), un goûter, une lessive (ça pu fort dans les sacoches), une casserole de pâtes, et dodo tôt ce soir.
La fin du périple approchant on commence doucement à prendre un peu de recul sur ces vacances et on en vient à se dire que finalement la Vélodyssée est un peu survendue à nos yeux. C’est effectivement un long périple à vélo avec des paysages changeants, des voies cyclables adaptées mais les étapes sont parfois un peu rébarbatives.
Après la routine matinale, nous attrapons l’euro vélo 1 dès la sortie du camping, la même qui nous a amené ici hier soir. La piste serpente sous les arbres, parfois à découvert. Le plaisir de rouler est là et c’est chouette. Malgré la fatigue accumulée, les petites nuits et les longues journées sur nos selles, nous arrivons encore à trouver le plaisir. En entrant dans le village de Boucau il se passe quelque chose d’assez curieux et drôle. Dans une seule et même rue que nous empruntons les voitures garées sur le côté sont immatriculées 40, le département des Landes. Quelques mètres plus loin, toujours dans la même rue, un petit panneau discret nous annonce que nous franchissons la frontière départementale des Pyrénées Atlantiques et pouf ! Toutes voitures sont 64 ! Comme si la séparation entre les départements était une démarcation infranchissable.
Et nous voilà à l’entrée de Bayonne, ici commence le Pays Basque ! La chaine des Pyrénées apparait à l’horizon. C’est beau et on réalise que nous sommes quasiment arrivés au bout de la France. Arrêt à l’office de tourisme pour valider nos petits passeports où nous nous renseignons sur la fin de notre itinéraire. Selon ce que l’on entend à droite ou à gauche, le dernier bout jusqu’à la frontière est compliqué, on préfère demander l’avis des locaux : La portion entre St Jean de Luz et Hendaye est-elle praticable à vélo ? La réponse ne se fait pas attendre :
« Non; franchement je vous le déconseille, surtout avec des enfants. Il y a eu des éboulements sur la route de la corniche, et ils ont dévié l’itinéraire vélo par la départementale. Avec la circulation des camions qui vont en Espagne ou qui reviennent, les voitures et tout ça, c’est trop dangereux. »
Bon, et ben on pensait qu’il nous restait deux jours de vélo, finalement il n’en reste qu’un seul… C’est un peu la douche froide.
La fin de journée sera plus dure, on accuse le coup. Traversée de Biarritz par la côte, le long de la falaise, ça monte (on pousse), ça descend (on roule doucement en faisant attention aux piétons flâneurs). Mais qu’est-ce que c’est beau !
La côte rocheuse, les vagues qui viennent s’écraser, les embruns, le soleil qui illumine tout ça, ajoutez en toile de fond le massif Pyrénéen, et on en prend réellement plein les yeux. Mais la beauté du paysage n’enlève rien à la difficulté que nous apporte le relief et Solène sera allée au bout d’elle même cet après-midi. Au bord des larmes elle se couchera pour faire une sieste après le montage de la tente dans un petit camping de Bidart. Fatiguée ma chouquette. Clément lui malgré son visage défait de fatigue nous donne l’impression d’avoir de l’énergie à revendre… Certes il pédale moins puisque je le tracte, mais quand même ! A quelques semaines de ses 6 ans il parait infatigable le petit ours !
Gros dodo réparateur et demain petite journée (en km) jusqu’à St Jean-de-Luz qui sera donc notre étape finale.
Cependant, je ne sais comment décrire cette dernière journée, la plus courte en terme de km certes, mais certainement la plus riche en matière de ras le bol. Sortie du camping après une bonne nuit de sommeil, 1ère rue à gauche et… Ça monte, longtemps. Une courte descente dont on ne profite même pas pour cause des nids de poule partout et paf ! Re-montée ! Pendant 1km… Et ce rythme pendant 6km, grosso modo 4 bornes à pieds en poussant les vélos… Parce-que les montées dans le Pays Basque ne sont pas de montées comme les autres. Ici le relief est taillé en V ou en W même. Bref, nous voilà finalement au camping municipal pour le déjeuner (vraiment une petite journée), où l’on nous informe que c’est complet. Nous sommes dimanche, Il est 12h15, nous n’avons rien à manger, et nulle part où dormir… On sort nos téléphones, et on se mets en recherche d’autres campings pas trop loin et pas trop chers, et vu l’heure et l’état de fatigue des enfants (et le nôtre aussi, on n’est pas beaucoup plus frais) on privilégie la recherche d’un magasin, pour le sommeil on peut toujours trouver un coin où bivouaquer si besoin. Retour sur la route donc qui nous semblait la plus directe où un vieux monsieur nous stoppe en nous annonçant que l’on s’apprête à prendre une route nationale :
« Plus bas c’est la route, le goudron, les camions. La Velodyssée est par là-bas. Regardez le panneau. Après, chacun fait comme il veut, tous les chemins mènent à Rome ».
Okay… Et ben merci monsieur, on se reprend donc une Vélodyssée qui semble s’arrêter ici. On ne voit pas par où avancer pour descendre en ville, la seule possibilité nous fait revenir sur nos pas roues, et on se retrouve à notre point de départ. On tourne en rond depuis 3/4 d’heure avec les vélos chargés, en plein soleil, et les estomacs qui crient famine. Il faut bien avoir en tête que le relief du Pays Basque est à l’opposé de celui des Pays Bas où nous étions l’an passé ! Tout ce qu’on fait c’est soit en descente (raide) soit en montée (raide pareille forcément), taillé en V je vous dit ! Finalement on décide de revenir franchement en arrière, de rentrer dans un camping au pif, direction les sanitaires. On remplit nos gourdes et on profite de l’ombre. C’est pas grand-chose mais ça fait du bien. On ressort du camping de l’autre côté et ô miracle ! Une épicerie ouverte ! Et des tables justes devant à l’ombre. Allez, on pose tout et pause casse-croûte bien méritée !
Au vu de notre état de fatigue physique et moral on retournera au camping voisin pour y planter la tente dans un carré de pelouse cher et sans charme, car dans nos têtes il est temps que cette journée de vélo se termine. Et c’est d’ailleurs en bus Txik Txak que nous irons visiter St Jean-de-Luz. Un sentiment mitigé de ce retour à la civilisation, le bruit, la foule, les gens pressés. Bienvenue dans le monde moderne auquel nous avons échappé pendant 3 semaines. Resto (crêperie pour ne pas trop se dépayser) où nous avons très bien mangé mais au lance-pierres, la serveuse était pressée de finir son service puis retour en bus jusqu’à notre carré de pelouse au bord de la route… Et ça va rouler toute la nuit. Voitures, camions, scooters, groupes de jeunes fêtards… Une belle nuit de merde, pour chacun de nous. Certainement l’une des plus pourries du voyage (avec la fiesta DJ à Audenge).
Evidemment, réveil avec des petits yeux, petit déjeuner dans le vague, pas envie de se presser ce matin. Nous savons que les vacances touchent à leurs fins et rien ne nous donne envie de nous bouger. Pliage du bazar et départ sans entrain excessif à 11h30…
La journée a commencé par la réservation de nos billets de train. Départ mardi (le lendemain) avec comme d’habitude une belle organisation offerte par la sncf, qui nous oblige à jongler sur deux sites internet différents pour réserver les billets (pour nous) et les billets pour nos vélos… Bon courage à celui qui n’a pas de smartphone puisque ni sur les bornes en gare ni aux guichets ces réservations ne semblent possibles.
L’étape du jour nous ramène au camping de la plage à Bidart (où nous avions dormi la veille). On le connait, on sait qu’il est calme, sympa, pas trop cher, et le hasard fait que nous récupérons l’emplacement que nous avions quitté la veille.
L’après-midi on laisse nos vélos tranquilles et c’est à pied que nous allons flâner dans le village de Bidart (tampon !). Un joli petit village où nous nous sentons à l’aise. Et comme un heureux hasard, alors que nous espérions depuis plusieurs jours assister à un match de pelote basque, nous entendons des balles taper sur le fronton qui borde la place du village ! Nous avons tous le sourire, et pour profiter du moment nous posons nos séants à la terrasse d’un café et laissons le temps s’écouler en regardant les joueurs de pelote. Les enfants sont impressionnés par le rythme d’un jeu qui n’existe pas par chez nous. Le temps suspendu, nous nous laissons vivre ce moment de plaisir, juste tous les quatre au bout de la France après avoir pédalé 668 kilomètres.
On regrettera quand même de ne pas être allé jusqu’au bout, jusqu’à la frontière, de ne pas être allé jusqu’en Espagne, de ne pas avoir assez anticipé ces derniers jours qui ont été particulièrement durs. Mais une chose est sûre, le Pays Basque est beau, et on y reviendra pour prendre le temps de le découvrir comme il se doit.
Demain matin nous serons sur le quai de la gare de Guéthary, en attente du train qui marquera notre départ du Pays Basque et le retour vers notre point de départ. En quelques heures le train nous aura repassé les paysages que nous avons traversé durant 22 jours et qui restent marqué dans nos mémoires.