Le dernier morceau - 2026


 

 L’hiver fut long… et humide ! C’est surtout ça qui nous donne l’envie de partir assez tôt dans l’année à vélo. Depuis que nous faisons des voyages à vélo avec nos enfants, nous avons traversée presque toute la France via la Vélodyssée. Il nous manque ce petit bout de 200 km, le plus proche de chez nous étonnamment. De Roscoff (point de départ français) jusqu’à la maison. A l’affut de la météo, Emilie trépigne presque plus que moi à l’idée de partir. Une fenêtre de soleil s’ouvre pour la deuxième semaine des vacances d’avril : Go ! Go ! Go ! C’est maintenant !


Les températures étant encore relativement fraîches (ça pique un peu le matin, on ne va pas se mentir), nous prenons une décision radicale ! Ce sera sans la tente. Mais pas à la belle étoile non plus : Avril… Finistère nord… On s’embourgeoise (ou on vieillit peut-être) mais nous choisissons de louer des hébergements en dur. Des cabanes, des tentes « lodge », et même une vraie maison. En revanche nous ne lâchons pas nos duvets pour autant, ça reste un voyage vélo/camping, non mais !

Le tracé fait aux environs d'à peu près 230/250 kilomètres. En poussant un peu nos enfants et sachant que le soir nous n’aurons pas de tente à monter, on allonge un peu les étapes, en fonction des campings en mesure de nous proposer des cabanes. Six étapes prévues, la plus longue étant la première (50km, ça va être dur) et la plus courte, la dernière (25km). La majeure partie du trajet se fait sur des chemins de halage, pas trop de dénivelé, ça va aller. 

La veille du départ, au dîner, Emilie me dit : « Je la sens pas la route entre Ste Anne et Pluvigner, on pourrait peut-être prendre le train jusqu’à Hennebont et remonter tout le Blavet à partir de là. »

Et bah changement de programme à quelques heures du départ, on choisit donc de partir à vélo vers Auray, de prendre un train pour Hennebont, et re-vélo jusqu’à Saint Nicolas des Eaux. Et en regardant rapidement, ça ne change rien à nos étapes ni à nos kilomètres.


Départ donc à 9h15 de la maison que nous laissons sous la surveillance du chat. Direction le Bono puis la gare d’Auray. Le temps de prendre nos billets de passer aux toilettes et le train est annoncé. Timing parfait ! On grimpe dans la wagon, les enfants sont en charge du transfert des sacoches et les parents gèrent les vélos, et surprise ! Tout se passe très bien ! Un petit 1/4 d’heure debout près de nos affaires (l’espace « vélo » étant encombré par des gens sans bicyclettes…) et nous refaisons la même manipulation dans l’autre sens. On remonte sur nos selles, direction le Blavet et le début de la longue voie verte.

Le canal est très boisé et la piste est vraiment agréable. En temps normal ça doit être un vrai plaisir, mais, un vent piquant en plein dans nos faces freine nos efforts, c’est usant et en toute franchise, c’est dur. On a beau faire du vélo régulièrement, et être en plutôt bonne forme, c’est dur de rouler et d’y trouver du plaisir. Ce soir des Caban’étapes nous attendent pour un gros dodo réparateur, mais elles sont loin ! Nous avions fait le pari d’une étape de 50km pour ce premier jour et ça aura été beaucoup trop. Nous arrivons usé, et content que cette étape soit passée. C’était la première journée, la plus longue et probablement la plus dure à cause du vent de face. Ces cabanes sont de petits espace avec seulement un matelas et très peu de hauteur sous plafond, juste de quoi se tenir assis.


Malgré la nuit froide (6 degrés) nous avons eu chaud ! Le choc fut rude au petit matin en ouvrant la porte, ça caille ! Petit dej’ en vitesse (avec les doigts froids), on range tout, on charge les vélos, et on repart, toujours le long du Blavet, et toujours avec ce vent de face ! Punaise, on a encore pour toute la journée à rouler plein nord, si le vent ne tombe pas ça va  être dur, comme la veille… On essaye de ne pas y penser et d’avancer mais chaque rafale brise notre élan et les jambes sont lourdes. On s’occupe comme on peut sur les vélos en jouant aux devinettes. Les kilomètres s’égrènent, le ciel se dégage, et au fil du chemin de halage le plaisir de rouler s’installe. L’humeur est plus légère, notre groupe de 4 de sépare, tantôt les garçons roulent ensembles, tantôt les enfants partent rouler devant et les parents restent en arrière. Pause casse-croûte à Pontivy après avoir validé notre passeport par un joli tampon illustré et remise en route, à bon rythme et toujours dans la bonne humeur en direction du barrage de Guerlédan. La fameuse grimpette de Mûr de Bretagne, celle qui fait arriver dans le bourg, nous ne l’aurons pas faite, un petit crochet par St Aignan pour valider notre passeport au musée de l’électricité, et au détour d’une passerelle, nous découvrons une montée, mais une belle, un truc que quand tu la vois devant toi tu te sens comme un escargot devant un bac à sable : ça ne va pas être marrant ; Et tu ne vois pas l’arrivée, aucun plat, rien… Les enfants se lancent, j’entends Emilie derrière moi « oh put*** ». De mon côté je me concentre sur la pizza du resto de ce soir, et au moment où mon esprit passe au dessert (après 500m) je perds le peu de vitesse que j’avais et pose pied à terre… Je regarde derrière moi pour voir où en est Emilie, et je vois un panneau "7%", j’aurai dit plus, ça chauffe les cuisses et le cardio’ est monté haut ! Une fin d’étape en beauté pour vider nos dernières forces. Nous arrivons relativement tard au camping, récupérons les clefs de la cabane, douches, repas traditionnel (pâtes/sauce tomate et saucisson pour les prot’), la pizzéria était fermée, et dodo jusqu’au lendemain.


Réveil à 8h, ça caille, 5 petits degrés, petit déjeuner, chargement des bicyclettes, et en route vers le seul ravitaillement possible de la journée. Avant même le vrai début de la journée en selle on s’occupe des courses : midi, goûter, soir, petit dej’ du lendemain. Ça rentre au chausse-pied dans les sacoches, ne reste que la baguette de pain sur le porte-bagages, pourvu qu’il ne pleuve pas… Stop express à l’office de tourisme pour le tampon (et une gourde souvenir pour les enfants offerte par la ville) et après 8km, tadaaam ! Les gouttes commencent à tomber du ciel. Bon et bé : « On s’arrête au prochain banc, de toutes façons il est midi, et on a faim. » On se traine aujourd’hui, et ça caille toujours, c’est la première fois fois que je roule aussi longtemps avec les gants en polaires, il est 14h et j’ai toujours les mains dedans. Ce troisième jour est un peu laborieux. L’après-midi va être long, il reste 35km à rouler. Et finalement, entre un savant dosage de pauses et de jeux, l’alternance de voies vertes en bord de canal et d’anciennes voies ferrées réhabilitées, les kilomètres défilent. D’écluses en écluses nous nous rapprochons de la fin de cette journée. On s’arrête devant une intersection, une voiture s’arrête pour nous laisser passer, Clément remonte sa pédale, appuie sur sa pédale, mais la légère montée, et le manque de force dans la guibole l’empêche d’appuyer dessus, et pof ! L’enfant perd l’équilibre, bascule vers la gauche, et s’affale dans l’herbe. Bon bah la voiture repart, pour une fois qu’on nous laissait passer… On rassure Clément, les pleurs se calment, et on peut finir l’étape, en s’installant dans une vraie maison à Glomel. Douches chaudes, repas chaud et confort moderne (il y a « Les Visiteurs » ce soir à la télé).

Le chant du coq en guise de réveil, 6h du matin, la journée s’annonce longue… Départ de la maison à 9h45, direction Carhaix. Les loupiots roulent comme des fous, inarretables, ils ouvrent la route nous attendent à chaque intersection et repartent en tête à presque 18km/h ! La raison de leur motivation ? La piscine qui nous attend au camping ce soir ! La matinée passe très vite, d’autant plus que je fais remarquer aux enfants qu’à partir de maintenant les écluses sont dans l’autre sens. Jusqu’ici on remontait le courant, maintenant on le suis en direction de la mer, donc beaucoup moins de montées et beaucoup plus de faux-plats descendants. Arrivée à Carhaix par une côte courte mais raide (moins raide qu’à Guerlédan mais quand même), et arrêt devant l’office de tourisme pour valider notre passeport.

« Ah bah crotte… C’est fermé, ça ouvre à 14h.

- On fait quoi en attendant ?

- Ouai bah moi je redescend pas !

- Il faut quand même qu’on aille chercher à manger on n’a rien pour ce midi.

- Sinon ça vous dit une crêperie ? Il y en a une juste à côté, comme ça on se fait servir, ça fait une vraie pause. »

Vendu, un bon repas chaud, tamponnage des carnets en sortant de la crêperie et on se remet en selle parce-que finalement Carhaix c’est un peu mort comme ville. Le centre ville n’est pas très agréable, ça ne donne pas envie de s’éterniser, donc on ne s’éternise pas et on se goure de route en repartant : On s’engage sur une départementale avec pas mal de circulation. Pas rassurante du tout ! 8km de stress avant de retrouver la voie verte qui nous emmène en douceur jusqu’à Huelgoat, ou plutôt dans un camping avant la ville parce que sinon ça faisait un détour trop important (et puis Huelgoat on l’a déjà vu lors de notre traversée du Finistère, du sud au nord). Donc cette fois on ne s’écarte pas trop de notre route. Et puis maintenant qu’on est là, tout le monde à la piscine ! Juste les enfants en vrai, et encore, pas longtemps, elle est trop froide ! Repas sur la terrasse de notre cabane au bord de la "rivière d'argent" et on s’enfonce dans nos duvets. Demain soir ce sera auberge de jeunesse à Morlaix avant le dernier jour qui nous emmènera jusqu’à Roscoff.


On a beau le savoir on est quand même surpris : quand on quitte Huelgoat, ça grimpe. Ça grimpe beaucoup même. A froid, les jambes raidies par 200km pédalés ces derniers jours ce genre de montées se fait à pied en poussant le vélo… Même si c’est plus long. Et en récompense, quand on arrive au sommet de la colline, le panorama sur les reliefs Finistériens et une belle descente nous tend les bras, 700 mètres pleine balle, sans pédaler, le bonheur à 45 km/h. Et le retour sur la voie verte pour les 25 kilomètres qui nous séparent de Morlaix. Ancienne voie de chemin de fer, pas de pièges, pas de grosses difficultés (la moitié en faux-plats montant, l’autre moitié en descendant) pas grand monde. Ah si, de temps en temps quelques vélos et on a croisé une roulotte tirée par un cheval et pis c’est tout. Morlaix nous accueille en nous présentant son impressionnant viaduc sous le quel nous passons avant de valider une nouvelle fois notre passeport. Il est encore assez tôt dans l'après-midi. Le temps de laisser nos affaires à l'auberge et nous prenons le temps d'aller se promener en ville, passer sur le viaduc, déambuler dans les ruelles, re-passer sous le viaduc, flâner pour dépenser les dernières ressources d’énergie que nous avons avant de recharger les batteries avec une bonne pizza. Dernière soirée avant Roscoff qui marquera l’arrivée de notre Vélodyssée. 


La baie de Morlaix est magnifique. On en prends conscience en cette dernière matinée en empruntant la route de la corniche. La principale raison n’était pas de profiter des paysages (que nous ne connaissions pas) mais d’éviter la sortie de Morlaix par une côte pénible qui se serait certainement faite à pieds. Pas trop de circulation, la baie de Morlaix en décor sur notre droite, pour ce dernier jour c’est presque un cadeau après avoir rouler plusieurs jours le long d’un canal avec un paysage très peu changeant. Solène, certainement perdue dans ses pensées trouvera le moyen de se prendre un trottoir mais d’éviter la chute de peu. Un petite côte plus tard nous voilà entouré de champs de choux-fleurs et d’artichauts avec au loin là-bas la mer et le port de Roscoff. On se rapproche ! On traverse Saint Pol de Léon, dernière pause pipi et une longue descente nous emmène dans les rues de Roscoff. Ça y est, la mer (haute) est devant nous, le soleil nous chauffe la peau, nous prenons la pose devant le panneau « Km 0 ». Le dernier tampon de notre carnet représente un homard tenant un drapeau à damier comme une ligne d’arrivée pour ce 256ème kilomètres qui clôture ces petites vacances.


En plusieurs fois, sur plusieurs années on aura parcouru toute la Vélodyssée. Un peu dans le désordre, pas sur l’ensemble du parcours officiel, certes, mais la liaison Hendaye - Roscoff on l’a pédalé à la force de nos guiboles pour un total de 1374km… Les enfants ont joué le jeu jusqu’à la fin dans la bonne humeur. J’espère qu’ils en garderont de beaux souvenirs et si besoin, leur passeport « Vélodyssée » sera là pour leur rappeler.